Doctorants belges/doctorants suisses : même combat

Discussions de toutes les phases de l'aventure doctorale, de la décision de se lancer à la soutenance

Questions de méthodologie, d'organisation & de rédaction - Rapport avec la direction de thèse - Choix du Jury - Préparation de soutenance, etc.

Doctorants belges/doctorants suisses : même combat

Messagepar elgé13 » 12 Novembre 2012, 10:59

La semaine dernière, je suis allé à l'université de Louvain-la-Neuve en Belgique afin d'y offrir une formation que je donne habituellement dans le cadre de la CUSO en Suisse romande pour les doctorants et post-doctorants. Cette formation consiste en une journée consacrée au développement et à l'écriture de projets de recherche. Et cette fois, j'ai ajouté une journée de discussions individuelles de projets spécifiques.

Une fois de plus, c'est moi qui ai le plus profité de cette formation je crois... J'ai pu en effet en apprendre beaucoup sur la situation des jeunes chercheurs en Belgique. Et j'ai eu la chance que cela me vienne sans intermédiaire, tel que raconté par les personnes qui vivent ces situations.

Au-delà des questions liées au contenu spécifique des projets, ce qui renvoie toujours à des problèmes plus ou moins inédits qui doivent être discutés de manière spécifique, j'ai pu constater que ces doctorants sont confrontés à des problèmes bien semblables à ce qui se vit en Suisse. Des profs sur-occupés qui n'ont qu'un temps bien rare à consacrer à des discussions qui le plus souvent ne durent pas assez longtemps pour permettre d'aborder les problèmes de fonds. Des doctorant qui ne savent pas ce que sont les critères utilisés pour juger, évaluer, accepter ou refuser leurs projets (à ce sujet, il faut savoir que les commentaires reçus par l'équivalent belge du Fonds national suisse tiennent sur deux ou trois lignes au maximum et ne servent donc à rien du tout pour améliorer le projet). Des doctorants un peu livrés à eux-mêmes et qui ne reçoivent que rarement de feed-back positif sur leur travail.

C'est ce point qui m'a le plus touché. Qu'on s'acharne encore à ne pas mettre en évidence ce qui fonctionne bien dans le travail des doctorants. Qu'on contribue à décourager les doctorants en ne leur disant jamais ce sur quoi ils devraient construire, ce qui marche dans leur truc.

C'est drôle comme ça ressemble à la Suisse la Belgique. En tout cas, c'est le sentiment que j'ai eu vu sous l'angle des doctorants.

Et c'est impressionnant comme j'ai eu l'impression que ce qui manquait à plusieurs c'était justement ça. Qu'on leur pointe du doigt tout ce qu'ils font déjà très bien, tout ce qui est écrit clairement, tout ce qui renvoie à un projet peut-être encore un peu informe mais déjà fondé sur de bonnes intuitions, sur une lecture assez juste de la littérature et des enjeux scientifiques à prendre en compte. Et j'ai constaté que ceux et celles à qui j'ai pu montrer ce qu'il y avait de bien dans leurs projets repartaient immédiatement gonflés à bloc. Et me soulignaient à quel point on ne leur avait jamais dit auparavant...

J'ai l'impression que les doctorants d'ici vivent des choses similaires. Est-ce le cas?

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Re: Doctorants belges/doctorants suisses : même combat

Messagepar inoutin » 12 Novembre 2012, 16:05

Merci pour cette contribution très intéressante.

Concernant la Suisse, je suis convaincu qu'il y a une culture "protestante" du feedback critique: on se focalise de ce qui ne marche pas, ce qui doit être amélioré, etc.

J'ai du faire tout un travail de conscientisation pour encadrer de manière consturcive les étudiant-e-s / jeunes chercheur-e-s, car je participais du même mouvement sans m'en rendre compte ("pourquoi perdre du temps avec ce qui marche, focalisons nous sur ce qui demande encore du travail"). Je dois dire que les effets ont été très positifs

J'ai par contre l'impression que pour une minorité de docotrant-e-s, l'approche critique reste la plus efficace; mais il s'agit de personnes assez sûres de leur démarche et de leur positionnement (personnel, intellectuel, etc.).

De manière générale, je suis convaincu que plus de feedbacks positifs serait une excellente chose. Je me méfie seulement des feedbacks qui sont "seulement motivationnels" (qui ne sont pas fondés empiriquement) et qui peuvent provoquer un effet inverse.

En tous les cas, cela veut dire que la personne repspnsable de l'encadrement, doit prendre du temps pour:
- "saisir" la personnalité et le processus (pas seulement les "résultats" du processus / quelques extraits discutés)
- réellement entrer en dialogue avec le travail scientifique et pas juste le survoler en pointant quelques passages qui achoppent (comme c'est très/ trop souvent le cas).

On en revient donc également aux problèmes structurels: personnel académique débordé, travail d'encadrement pas le plus valorisé pour la construction de carrière, etc.
inoutin
 
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Re: Doctorants belges/doctorants suisses : même combat

Messagepar Unknownscavenger » 15 Novembre 2012, 20:56

I know I am slightly out of range, responding to this – I couldn’t help but notice, as I have just concluded my participation in a post-graduate research program in Belgium and am now living/working/researching in Switzerland. I am not an ‘academic’, I am an artist, and I realize that critique and feedback must function very differently between fields. Also, my understanding of the preceding posts is deficient, not only in nuance but comprehensive insight, as my understanding of French is embarrassingly bad and I am at the mercy of clumsy internet translation programs.

Having said that, I’ll climb onto my soapbox for a second (I hope you'll forgive the idiom and the gesture). From my perspective (as a student, researcher and professor), this concept of ‘positive’ and ‘negative’ feedback could use some reflection of its own. As we all know there is not one way to be a good academic/producer-of-knowledge. Furthermore, assuming there is any consistency in positive and negative approaches presumes that many academics share similar goals. To be well respected in the field? To become a believable authority on their subject of interest? To produce and synthesize not-yet-explored territory? To articulate ideas with depth and precision? Okay, sure. Yes, these goals are likely shared by many. However, it is possible that research and generation may be motivated by different sociopolitical influences and points of entry. For instance, researchers who are interested in 'alternative' publics (not strictly academic publics) may proceed through a different set of methodologies than researchers interested in ensuring prompt placement as a professor following the completion of their doctorate. (note: I realize these are not mutually exclusive, though in my experience yield different results as central priorities.)

My question to candidates might be: if you proceed as you are (in both research and articulation – taken separately, of course), what are the implications of your trajectory? If I come to your voice and subject without assumption (or with as few as possible), after being presented with your material, this is what I may come to believe about your perspective, aim, criticality, professionalism (etc): ___________________________. These insights are only positive or negative based on their congruence with the candidate’s position to their own research.

As far as Swiss or Belgian systems go – though I am not yet well acquainted with Swiss discursive milieus, I found the openness and investment in interdisciplinary in Belgium to be quite high. Students were not pampered by advisors, though support and encouragement were offered. Nor were the students blasted by bombastic, egoistic, authoritative posturing (as is my experience in the US). Rather, my exposure to the Belgian critical circle was largely based on the questions of generosity and self-awareness. Does your methodology, subject or discourse offer insight to people in other fields? Is it insular/exclusive? Are you proceeding with reflexivity? Are your processes of gathering and comparing information complimentary with the manner in which you share your findings? Are you willing to be held accountable for the possible implications of your perspective? Are you aware of what they might be? What do you imagine of your relevance and for whom?

I am so grateful that this line of discussion has been posted, as I find it central to the shaping of accessibility and enthusiasm in knowledge production, regardless of discipline.
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Re: Doctorants belges/doctorants suisses : même combat

Messagepar elgé13 » 30 Novembre 2012, 13:19

Thanks for these reactions.

I also fully agree with the fact that purely motivational positive feedback is useless. But this raises the issue of taking a student where s/he is, with whatever capability or experience s/he has and pushing forward this person with what she starts with. There is a real work to do to identify what someone has and starting from there. Unfortunately, not so many people take the time to do this.

As for assuming the implications of one's trajectory, I fully agree. With a minor note of dissent. It's clear to me that anyone interested in doing a Ph.D. must have an idea of why s/he is doing this, of what kind of career this might or might not be leading to. Yet, it is not so simple to know this. In many cases, one starts with an idea of why s/he is doing this but this idea is not fully clear. Or over time, the idea changes. Or some implications become clear that were not so obvious to begin with. Like, in my case, a strong interest for the role of material and intellectual resources in the production of science that led me to become a sort of manager of science. I never had any plans to become something like that. But, retrospectively, it is obvious that everything in my trajectory led me in this direction.

How lucid one does have to be to do a Ph.D.?
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Re: Doctorants belges/doctorants suisses : même combat

Messagepar eliabar » 04 Décembre 2012, 11:22

Merci pour cet échange. Recevoir un feedback positif permet de se focaliser sur ce qui marche est c'est toujours très utile. Pour le donner, cela demande un peu de bienveillance. Cette qualité me semble extrêmement propice à faire fleurir les talents, mais elle n'a pas tellement la cote, me semble-t-il, dans le monde professionnel.

A contrario, c'est aussi utile de savoir ce qu'il faut éviter de faire. Peut-être pourriez-vous tenter de donner quelques exemples des défauts les plus souvent rencontrés? Cela aiderait ceux qui vous lisent ici...
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Re: Doctorants belges/doctorants suisses : même combat

Messagepar eliabar » 04 Décembre 2012, 11:25

and now in English :

Thank you for sharing this. Receiving positive feedback helps to focus on what works and is always very helpful. Giving that positive feedback takes some kindness. This quality seems very conducive to flower talent, but is not so popular, I think it in the professional world.

On the other side, it is also useful to know what to avoid. Maybe you could try to give some examples of the most frequent errors encountered in research projects? This would help those you read here ...
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